Les initiatives du Collectif

3 juin 1999 : Lancement du premier Appel

C’est au café Le Procope, où a été écrite la Déclaration des Droits de l’Homme en 1789, que les porte-paroles de l’Appel à la fraternité étaient réunis devant les  journalistes pour faire connaître le contenu de ce texte fondateur, émanant d’une centaine de responsables politiques, institutionnels ou associatifs, de sensibilités politiques très diverses. Et le moment paraissait opportun avec l’entrée dans un autre siècle pour oser affirmer cette grande ambition. 

Une valeur qui relie toutes les sensibilités

Après que Jean-Louis Sanchez ait précisé les raisons de l’appel, JeanPaul Delevoye, alors président de l’Association des maires de France, mettra l’accent sur l’importance d’une mobilisation des acteurs municipaux pour la reconstruction des liens et des repères. De même que René Lenoir, ancien ministre, alors président de l’Uniopss, invitera le monde associatif à agir avec plus de détermination pour l’affirmation concrète des valeurs d’écoute, d’entraide et de respect. 

Un avis pleinement partagé par Pierre Méhaignerie, alors président de la commission des affaires sociales de l’Assemblée nationale, qui rappellera en conséquence l’importance d’une grande liberté d’initiative des acteurs locaux par la proclamation du droit à innover et à expérimenter. Et dans le même esprit, Claude Lise, alors sénateur et président du Conseil général de la Martinique, soulignera que l’Appel offre l’occasion pour les décideurs locaux de mieux s’appuyer sur les traditions de fraternité des départements d’outremer. D’ailleurs, le grand poète martiniquais Aimé Césaire, pour qui “avancer dans la fraternité, c’est découvrir chaque jour davantage un aspect inconnu ou inexploré de l’infini besoin de l’homme”, ne manquera pas de signer l’appel. Tout comme l’Abbé Pierre qui en sera l’un des premiers soutiens parmi d’autres personnalités dont Martine Aubry, Patrick Braouzec, Jacques Barrot ou Jean-Baptiste de Foucauld. Quant au Président de la République, Jacques Chirac, il ne manquera pas de s’y associer à l’occasion de la remise de prix organisée dans le cadre du programme “Fraternité 2000” qui donnera lieu en outre à la publication d’un ouvrage aux éditions Autrement intitulé “Fraternité 2000. Côte à côte, solidaires”.

2004 : La grande cause nationale

En 2004, en s’appuyant sur l’appel à la fraternité, un certain nombre de personnalités fonde le collectif Appel à la fraternité afin d’obtenir que la fraternité soit décrétée grande cause nationale. Parmi elles, Jean-Michel Bloch-Lainé, alors président de l’Uniopss, Danièle Dumas, alors présidente de l’Union nationale ADMR, Patrick Gohet, alors délégué interministériel aux personnes handicapées, René Lenoir, Antoine Rufenacht, alors maire du Havre, et Jean-Louis Sanchez. L’association Les Petits frères des pauvres, présidée à cette époque par Jacques d’Acremont, s’associe à cette démarche dont l’impact peut-être important. En effet, il s’agit, à la différence des causes nationales, de l’obtention d’un label “grande cause nationale” attribué par le Premier ministre, après avis d’une commission interministérielle. Ce label permet notamment d’obtenir la diffusion gratuite de messages sur les radios et télévisions publiques, de même que la mise à disposition des services de l’État. Tous sont donc convaincus que ce label constitue une remarquable opportunité pour organiser des événements significatifs et mobiliser les élus municipaux.

 Le 25 mai 2004 est alors consacré journée nationale de la fraternité. Dans des centaines de villes à travers toute la France, services municipaux, commerces, écoles, associations, maisons de retraite… se mobilisent pour organiser des fêtes de voisinage, des goûters républicains, des animations entre générations, des actes symboliques comme planter un arbre, baptiser une place. Avec pour seul objectif de réunir les habitants d’un quartier ou d’une commune autour d’un projet fédérateur, d’une valeur partagée… Quelques mois plus tard, à la fin de l’été, un pique-nique géant, rassemblant plusieurs milliers de personnes, est organisé à Paris, en partenariat avec le Sénat, dans le Jardin du Luxembourg (photo ci-dessous). Puis à l’automne, un cycle de conférences, gratuit et ouvert à tous publics, est organisé à la Sorbonne. Portant sur la traduction concrète de la fraternité, il se décline dans les thématiques suivantes: école et fraternité, entreprises et fraternité, hôpital et fraternité, médias et fraternité, voisinage et fraternité… Enfin, en décembre, sera organisé avec l’Unapei un premier Village de la fraternité place Saint-Sulpice à Paris. Véritable marché de Noël offrant des productions émanant des établissements et services d’aide par le travail (Esat), il est destiné à promouvoir la reconnaissance de la différence. Et son succès favorisera sa reproduction les deux années suivantes.

2004-2008 : Les chartes municipales de la fraternité

Le souci d’aller au-delà de l’année 2004 avait d’ailleurs été émis par le Premier ministre Jean-Pierre Raffarin lors du choix de la grande cause. Cela concernera notamment les actions menées avec les villes signataires de chartes municipales de la fraternité. En effet, près de 800 communes signent cette charte. Parmi elles, deux tiers des grandes villes de France représentant plus de la moitié de la population française. Les présidents des principales associations d’élus s’associent au comité de parrainage des chartes: AMF, AMGVF, FMVM, APVF. Trois directions guident cet engagement : 

• l’encouragement à l’engagement citoyen, à travers la valorisation et l’organisation du bénévolat et la promotion de la convivialité par la multiplication des occasions et des espaces d’échanges ; 

• le renforcement des dynamiques intergénérationnelles, à travers notamment la participation amplifiée des plus âgés à la mission éducative;

• l’élaboration d’un projet global visant à irriguer l’ensemble des politiques locales d’un objectif commun, le développement du lien social et des solidarités de proximité. Et pour rendre plus opérationnelles ces chartes, il est prévu d’attribuer des Lauriers de la fraternité aux villes les plus engagées en faveur de la grande cause nationale.

En effet, en 2006, un cycle de conférences est organisé au Sénat en direction de trois types d’acteurs locaux, les associations, les maires, les services publics. Et durant les années suivantes, le collectif Appel à la fraternité multipliera les conférences dans les capitales régionales afin de préparer l’émergence d’un projet nouveau encore plus opérationnel qui se concrétisera en 2009: les ateliers du vivre-ensemble et de la fraternité.

 

2009 - 2014 : Les ateliers du vivre-ensemble et de la fraternité

Le concept des Ateliers du vivre ensemble et de la fraternité s’adresse d’abord aux élus et cadres municipaux. Par leur proximité avec les citoyens et par les leviers d’action dont ils disposent, les maires sont les plus légitimes pour encourager toutes les initiatives favorisant des liens nouveaux entre habitants, et réhabilitant les valeurs d’écoute, d’entraide et de respect entre habitants et institutions. Mais, bien évidemment le but n’est pas de faire à la place des habitants, mais au contraire de susciter la participation et la mobilisation de tous les acteurs associatifs et de tous les habitants qui souhaitent contribuer à refonder la citoyenneté et la solidarité pour redonner tout son sens à l’altérité. Les Ateliers du vivre-ensemble et de la fraternité ont pour but de rendre concrète cette évolution, grâce à l’organisation d’une démarche de concertation avec tous les acteurs du territoire concerné pour analyser les actions locales ou produites ailleurs. Pourront alors être sélectionnées les plus prometteuses afin de les dupliquer si elles existent déjà dans la commune ou de les expérimenter dans le cas inverse. Le but est de passer à une autre échelle dans la diffusion des bonnes pratiques pour en faire une véritable démarche de transformation sociale (voir par exemple démarche réalisée dans l’Allier ou à Saint Jean-de-Maurienne). Et la journée doit se conclure par des engagements précis sur les principales mesures à mettre en œuvre sur le territoire concerné pour atteindre le but recherché.

C’est le 2 juillet 2009 à Marseille qu’est donné le coup d’envoi des Ateliers du vivre-ensemble et de la fraternité avec une déclaration sans ambiguïté de Jacques Pélissard, alors président de l’Association des maires de France (AMF) : “Je crois que l’occasion est historique d’affirmer la nécessité d’une fraternité partagée et de la construire”. Une conviction partagée par les autres grands témoins de ce lancement, Régis Debray, auteur de l’ouvrage “Le Moment Fraternité”, et Denis Piveteau, co-auteur avec Jean Baptiste de Foucaud du livre “Une société en quête de sens”. Cinq mois après, les premiers Ateliers s’ouvraient à Saint-Jeande-Maurienne (en décembre 2009), puis à Besançon, à Quimper, à Valenciennes, à Saint Priest, à Vitré et enfin aux Abymes. Tandis qu’un premier département organisait lui aussi des ateliers, l’Allier, qui depuis lors a multiplié les initiatives animées par un comité départemental du vivre-ensemble. Après un moment d’attentisme lié aux élections municipales, le mouvement reprend fin 2014, initié soit par de nouvelles équipes municipales, soit par des associations,. 30 ateliers auront eu lieu.

2015 : Lancement du deuxième appel

Le Collectif Fraternité,  l’Observatoire de la Laïcité en partenariat avec d’autres associations lancent un appel pour une semaine de la fraternité. Objectif : générer des initiatives citoyennes et locales au service de la rencontre et de l’entraide. De véritables ateliers du vivre ensemble.

Ils ont volontairement choisi le 4 février, veille de la proposition par François Hollande d’initiatives pour renforcer le vivre ensemble, pour lancer leur appel, au-delà de toutes orientations politiques ou convictions culturelles et religieuses. Parmi eux : Ghaleb Bencheikh, président de la Conférence mondiale des religions pour la paix, Atanase Périfan, de la Fête des voisins, Pierre Tartakowsky, de la Ligue des droits de l’homme, Bernard Devert, d’Habitat et humanisme, ou encore François Content, des Apprentis d’Auteuil. « C’est un appel aux autorités nationales, locales et bien sûr aux acteurs associatifs que nous lançons », explique Jean-Louis Sanchez, président du collectif Appel à la fraternité, « un appel pour réenchanter la démocratie et pour un agir ensemble ». Après les attentats du 7 janvier 2015 et la marche républicaine qui a suivi le 11 janvier, « beaucoup se demandent comment on en est arrivé là, ce que l’on peut faire pour que ce moment de fraternité demeure », analyse Jérôme Vignon, président des Semaines sociales de France et signataire de l’appel. « La question est de savoir pourquoi nous sommes si désunis dans la défiance et la méfiance », ajoute Jérôme Vignon.

Comme tous les signataires de cet appel « Maintenant, construisons la fraternité », Jérôme Vignon croit donc qu’un nouvel élan est possible, tout comme Jean-Louis Bianco : « On aura de bonnes surprises ! ». Cette semaine de la fraternité sera « un espace d’expérimentations », dit-il. « Ce sera un chantier de la République », ajoute quant à lui Jean-Baptiste de Foucauld, de Pacte civique. « Nous allons faire de ces expériences réussies anecdotiques de grands élans de fraternité, afin de généraliser ce qui marche mais qui n’a pas été poursuivi, faute d’encouragements ou de moyens », conclut Jean-Louis Sanchez, « nous allons créer une dynamique locale et nationale ».

Cet appel a été signé par plus de 6000 personnes de tout horizon.

 

2015 - 2017 : Soutien aux journées citoyennes

 Dès la création de la première journée citoyenne à Berrwiller dans la périphérie de Mulhouse en 2008, le Collectif Fraternité et l’ODAS ont décidé de soutenir cette initiative pour qu’elle se diffuse le plus largement possible. Et aujourd’hui, plus de 1500 communes ont lancé leur journée – qu’est la journée citoyenne.

Le principe de la Journée citoyenne est le suivant : chaque année, durant une journée, les habitants d’une commune ou d’un quartier se mobilisent bénévolement pour réaliser ensemble des projets (chantiers d’amélioration du cadre de vie, rénovation d’équipements, valorisation de l’histoire et du patrimoine, contribution aux projets associatifs, projets culturels…), sur différents lieux, équipements ou quartiers de leur commune. Le choix des activités à réaliser, définis de manière participative, résulte de la collaboration entre les habitants (citoyens, associations, entreprises), les élus du conseil municipal et les services de la commune. Point de départ d’une dynamique de construction du vivre ensemble, cette démarche s’adresse à tous les habitants, toutes générations confondues.

Cette journée mobilise et met en synergie tous les acteurs du territoire en créant les conditions de leur coopération, de la construction à la finalisation du projet. La construction des chantiers et des activités se fait en amont avec les habitants en fonction des besoins collectifs identifiés par chacun. Les chefs de chantier sont des habitants sélectionnés en fonction de leur savoir-faire. La commune se place dans un rôle d’accompagnant, c’est l’implication des habitants, en amont et pendant la Journée citoyenne, qui donne toute sa valeur à une Journée citoyenne.

Une attention particulière est portée aux jeunes, dans une perspective d’éducation à la citoyenneté. Les jeunes enfants sont pris en charge dans des ateliers spécifiques et adaptés. Les adolescents participent eux aussi, avec des adultes, aux différentes activités. En effet, les enseignants, les élus en charge de l’école, le conseil des enfants, le conseil des jeunes et les services d’animation jeunesse peuvent être mobilisés en amont, pour préparer la Journée citoyenne avec les jeunes.

Les personnes âgées sont également mises à contribution en participant à des activités. Les plus isolées d’entre elles font l’objet d’une attention particulière. Comme à Angers, où des habitants partagent ce jour-là un temps de loisir et de convivialité avec eux (séances cinéma par exemple).

Les entreprises sont sollicitées et mettent du matériel et des bénévoles à disposition. Tout comme pour les associations qui mobilisent leurs adhérents et proposent également des chantiers ou activités en lien avec leurs missions.

La Journée citoyenne est l’occasion pour tout habitant volontaire, quels que soient sa situation, son âge ou son origine, de devenir acteur pour le bien commun. Elle permet d’impliquer chacun dans une citoyenneté active, accompagné des élus qui retissent ainsi des liens forts avec leurs concitoyens. Cela permet de fédérer toutes les énergies positives autour des valeurs de civisme, de respect et de partage. La valorisation de chaque participant, le caractère récurent de la manifestation et la confiance qu’elle suscite favorisent l’implication et suscitent une dynamique de vivre ensemble tout au long de l’année.

2018 ... : Conférences "Les défis de la Fraternité"

La démarche de revitalisation de la notion de fraternité requiert de favoriser le dialogue autour des grands chantiers de la sociabilité : l’éducation, l’inclusion, le développement social… Déjà entre 2004 et 2012, le Collectif avait organisé de nombreuses conférences :

Administration territoriale et Fraternité ,Conférence co-organisée avec l’Association des Dirigeants territoriaux et Anciens de l’INET

 La spécificité du monde territorial s’ancre dans un rapport prioritaire au lien social. Comment préserver cette spécificité dans son administration ? 

Service de l’Etat et Fraternité ,Conférence co-organisée avec les anciens élèves de l’Ecole Nationale d’Administration 

Entre légitimité de métier et légitimité de mission, le choix passe par l’ouverture d’une réflexion sur les fondements éthiques de la fonction publique et son adaptation au monde moderne. 

Protection sociale et Fraternité ,Conférence co-organisée avec les organismes de Protection sociale 

Chaque acteur public doit être acteur de fraternité, a fortiori dans le secteur de la solidarité. Comment préserver cette dimension humaine dans un environnement de plus en plus complexe et anonyme ? 

Ecole et Fraternité ,Conférence co-organisée avec la Ligue de l’enseignement 

Comment la fraternité peut-elle être une valeur fondatrice de l’école au XXIème siècle, à travers son organisation, ses pratiques, son fonctionnement. .. 

Entreprises et Fraternité 

Le rôle des entreprises dans le « vivre ensemble » est considérable : épanouissement de la personne, développement durable, grandes causes, économie solidaire. .. Autant de chantiers à développer encore. 

Médias et Fraternité

La responsabilité des médias sur l’opinion est considérable. Cet impact est plus souvent source de repli que d’engagement. Comment inverser la tendance ?

France d’Outre-mer et Fraternité

L’éloignement ne facilite pas la connaissance des richesses humaines des différents territoires qui composent la République. Comment s’enrichir de cette diversité culturelle ?

Voisinage et Fraternité, Conférence co-organisée avec l’Association Les petits frères des Pauvres

La canicule de l’été 2003 a révélé à la société l’importance du lien social avec le voisinage. Il s’agit aujourd’hui de réexaminer la façon « d’être voisin », comme une nouvelle forme de fraternité à construire dans une société marquée par un individualisme exacerbé.

Enfance, jeunesse et Fraternité, Conférence co-organisée avec la Fondation pour l’Enfance

Toutes les études montrent que les risques concernant l’enfance et la jeunesse sont liés à un déficit éducatif, relationnel, identitaire. Comment œuvrer sur l’environnement des enfants pour mieux les protéger ?

Autonomie et Fraternité, Conférence co-organisée avec l’Union nationale ADMR (Association du service à domicile) 

Qu’il s’agisse d’accompagnement ou de prévention, pour les personnes âgées comme les personnes handicapées le problème est aujourd’hui d’abord celui du regard sur la différence. Comment réussir à le changer en regard positif?

Les Maires et la Fraternité, Conférence co-organisée avec le Sénat

Les Maires jouent un rôle déterminant dans l’entretien des liens sociaux et des repères. Car si la liberté, l’égalité sont l’affaire de l’Etat, la Fraternité est l’affaire du local. Comment agir encore plus efficacement au service de la Fraternité ? A cette occasion, seront remis des prix aux villes les plus investies dans cette dynamique.

_____________________

Ce cycle de conférence s’est alors régionalisé entre 2012 et aujourd’hui.  Comme par exemple en novembre 2014 en Nouvelle-Calédonie à l’initiative du Lions Club , à Limoges à l’invitation de l’association Mosaïc, à Troyes, à Marseille, à Suresnes…

A partir de 2019, les conférences seront organisées avec le Pacte Civique tous les deux mois, pour déboucher sur la publication chaque année d’un ouvrage intitulée « Les Défis de la Fraternité ».

Fermer le menu